À propos de l'artiste
Impossible de parler de Théophile Soyer (1853-1940) sans évoquer son père, Paul Soyer (1832-1903), ciseleur de profession, qui réalisa principalement de petits bronzes dorés décorant le mobilier. Son métier de ciseleur l'orienta vers l'utilisation de plaques émaillées pour remplacer les bronzes ornementaux classiques et chers. Il fut plus considéré comme un artisan que comme un artiste. Après la guerre de 1870, il s'installa à son compte et fut cité cinq ans plus tard parmi les ateliers dont la production était la meilleure. Dans son atelier, il fut obligé de faire appel à des artistes pour imaginer de nouvelles compositions. C'est pourquoi il orienta son fils Théophile vers les Beaux-arts.
Celui-ci a suivi les cours de l'atelier Yvon et Levasseur et débuta au Salon de 1870 avec une reproduction en émail d'un tableau de Le Barbier aîné : Apollon tuant le serpent Python. Puis, il exposa au Salon régulièrement de 1875 à 1882 ainsi qu'aux Expositions de l'Union Centrale des Beaux-arts à partir de 1876. C'était un homme aimable, bon vivant et grand fumeur de pipe qui participa activement à la vie artistique de son temps : il fut tour à tour vice-président de la Chambre syndicale de la céramique et de la verrerie et Président de la Société des Eclectiques. Il s'agissait d'une association plus humoristique que sérieuse, fondée en 1872, et qui regroupait lors de dîners amicaux, artistes et amateurs.
Théophile Soyer commença à travailler l'émail à Courbevoie puis rejoignit l'atelier de son père rue Saint-Sauveur, atelier qu'il reprit en 1896. En 1909, il déménagea pour ouvrir un nouvel atelier rue de Bondy où il restera jusqu'à la fin de la Première Guerre Mondiale.
Il épousa en 1879 Eugénie Dejoux, elle-même peintre émailleur qui lui donna une fille unique, Jeanne, née la même année, et qui, à seize ans, travaillait déjà à l'atelier avec ses parents. Elle deviendra rapidement la meilleure ouvrière de la maison et réalisera de nombreux tableaux, de grande qualité, avant de se marier en 1906. Par la suite, elle s'orienta vers la peinture à l'huile et réalisa quelques émaux pour son plaisir. Resté seul, Théophile Soyer vendra ses ateliers à son principal employé en 1914 et mourra en 1940. Sa fille s'éteindra en 1967.
Soulignons que Théophile Soyer remporta une médaille d'argent à l'Exposition Universelle de 1889 et une médaille d'or à l'exposition universelle de 1900.
Sources : Ressources documentaires du musée d'Orsay. Bulletin de la Société Nationale des Antiquaires de France par le portail de revues Persée (Autour de Claudius Popelin, une famille d'émailleurs, les Soyer par Michel Dillange), Soyer, Dynastie d'émailleurs, Galerie Marc Maison, exposition du 8 juin au 8 juillet 2005, Paris
À propos de l'œuvre
Nous avons découvert ce magnifique perroquet dans une publication périodique du Journal de la décoration (début du XXème siècle) ; il portait alors le nom de "cacatois" que nous avons actualisé par "cacatoès". Cette lithographie n'est pas signée mais nos recherches ont permis de découvrir son origine ! C'est dans le journal du 20 mars 2015 d'une vente en salle de Drouot-Richelieu que la maison des Aguttes de Paris a donné une réponse à notre questionnement : elle y présente des œuvres de l'art décoratif du XXème siècle en mettant à l'honneur la dynastie des Soyer. Quelle joie d'y découvrir en lot 15 de la vente une "assiette circulaire creuse en cuivre émaillé polychrome à décor naturaliste figurant un face-à-face hostile entre un cacatoès branché et un lézard en arrêt sur une grenade". Le monogramme de l'artiste "TS" identifie clairement Théophile Soyer ; la lithographie que nous avons découverte n'est autre que la représentation du motif exact de l'assiette, associé à des couleurs moins vives que celles choisies pour la réalisation de cette assiette en cuivre émaillé.
Nous avons pris soin d'ajouter le monogramme "TS" sur la photographie de cette lithographie, à l'endroit même où Théophile Soyer avait choisi de le positionner sur sa magnifique assiette.
Le journal des Aguttes précise : "Se libérant peu à peu de la formation classique, le peintre-émailleur commence dans les années 1885 à composer des œuvres véritablement originales influencées par le japonisme qui touche l'Europe à partir de l'Exposition Universelle de 1867 avant de se laisser convaincre, une dizaine d'années plus tard, par la modernité de l'Art nouveau".
Appréciez l'envergure et l'attitude de ce cacatoès, son regard menaçant planté dans celui du lézard, lui même figé dans une posture arrogante, et la détermination des deux protagonistes dans un contexte de duel inévitable : une mise en scène parfaitement orchestrée où les formes et les couleurs du règne végétal créent l'environnement parfait pour donner force et caractère à cette lithographie.
Photographie de l'œuvre : Agence Photo Création Christophe Viaud